Cliquez sur la carte pour vous situer

PHOTOVOLTAÏQUE

THERMIQUE

INSTITUTIONNEL

ALGÉRIE

Le point sur le programme national des EnR avec Tewfik Hasni

Le 27 avril 2016

Compte tenu de la crise actuelle que nous traversons, pensez-vous que la réalisation du programme national des ENR avec les objectifs fixés à l’horizon 2030 soit faisable ?

Le programme national des énergies renouvelables est toujours mis au-devant la scène comme faire-valoir d’une volonté politique existante. Il est vrai que l’Etat, par la dernière décision du Président, affirme de nouveau cette volonté. Il faut cependant se rendre compte que le programme gouvernemental de 2011 n’a connu qu’un degré de réalisation très limité et les objectifs réels n’ont fait qu’évoluer d’une année à l’autre. Le programme initial a octroyé la part du lion au solaire thermique avec près de 7000 MW. Le dernier a totalement rejeté le solaire thermique en passant le photovoltaïque à près de 13 000 MW et le solaire thermique ramené à 2000 MW à partir de 2021.

Les objectifs de 40% de la production électrique en 2030 issus des énergies renouvelables ne pouvaient en aucun cas être achevés. La part de 40% est estimée par Sonelgaz à 250 TWh. Ceci donne une production des énergies renouvelables d’un niveau de 100 TWh pour atteindre les 40%. Or, selon nos calculs, cette production serait de moins de 80 TWh. Il nous semble qu’il est impossible d’atteindre les objectifs de 40%.

L’autre contrainte est qu’il faille disposer de 56 TWh en réserve auprès de Sonelgaz pour faire face à l’intermittence du photovoltaïque et de l’éolien, soit plus de 9000 MW. Le solaire thermique hybridé peut permettre d’achever les objectifs visés sans pour autant requérir les capacités de réserves de capacité pour faire face à l’intermittence. Il est déjà compétitif, s’il faut intégrer les coûts des capacités de réserves, selon la logique, dans les coûts de production d’électricité des filières photovoltaïque et éolienne, il devient évident que le solaire thermique hybridé est moins cher que toutes les alternatives possibles.

Qui de Sonelgaz, du privé national et de l’investisseur étranger pourra jouer le rôle le plus actif dans la réalisation de ce programme ?

Effectivement, il faut mobiliser les maigres ressources financières dont dispose Sonelgaz pour les besoins de ses métiers de base. Si nous voulons que ce programme se réalise, il faudrait qu’on lève les contraintes actuelles du genre de retarder les investissements dans les projets solaires thermiques à 2021, pour des raisons subjectives, comme démontrées plus haut. La meilleure façon est de donner le même tarif au solaire thermique que celui accordé au photovoltaïque et l’éolien.

Les ressources financières étant limitées, il serait plus raisonnable d’amener le financement sans garantie de l’Etat pour les besoins les plus importants du programme, y compris pour le transport en courant continu à partir du Sud. Nous avons proposé que ceci puisse faire partie des futures renégociations de l’Accord d’association avec l’UE. Si pour l’export la règle des 51/49 n’a pas de sens, on pourrait profiter de ce marché et porter aussi la part du solaire thermique pour notre marché à un minimum de 10 000 MW.

C’est la taille du marché qui permettrait de concrétiser un partenariat industriel pour la fabrication des équipements pour le solaire thermique. Le taux d’intégration potentiel étant de 70%. La volonté politique doit être confirmée. Il faut se positionner d’ores et déjà sur le marché européen et préparer la transition énergétique en cours. En effet, le marché de l’électricité sera dominant d’ici à 2040. Il faut exprimer que notre potentiel de livraison d’électricité verte à l’Europe peut satisfaire un minimum de 40 000 MW d’ici à 2040. Il faudrait de même porter la capacité à l’export pour 2030 à 20 000 MW.

Concrètement, le retour sur investissement dans les énergies renouvelables pour un opérateur privé est-il conséquent, garanti ?

Je ne me proposerais de répondre que pour le solaire thermique. Il faut savoir que la centrale hybride de Hassi R’mel a été financée sans aucune garantie de l’Etat. Nous avons utilisé la formule de BOT (build, opérate, transfer : construire, exploiter, transférer). L’investisseur majoritaire est étranger. Il est responsable de la construction, il opère la centrale depuis près de 5 ans, il devra transférer la centrale au bout de 25 ans à Neal, la filiale algérienne en charge des énergies renouvelables. Il cède à Sonatrach pour ses besoins l’électricité au coût actuellement de 3,5 DA par KWh.

Neal et Sonatrach détiennent 34% et possèdent ainsi la possibilité de blocage sur les décisions stratégiques. Le taux de rentabilité de cette centrale est suffisant et positif pour que le partenaire continue à exploiter malgré tous les problèmes dont souffrent également les investisseurs en général. Vous remarquerez que le prix de cession à Sonatrach reste compétitif. Les garanties ont été définies dans l’appel à investisseur.

Dès l’instant où il gère l’ensemble du processus, il maîtrise les éléments de la garantie. Je ne dirais pas que ceci se fait sans problème. Sa volonté de continuer à investir en Algérie reste effective. Il regrette cependant la règle des 51/49. Il perd par ce biais une bonne partie des garanties.

L’Algérie veut développer l’électronucléaire en même temps que le renouvelable. Ira-t-on vers un arbitrage ?

Si on s’arrêtait seulement au coût, vous verrez que l’électronucléaire restera plus cher. Les autres contraintes comprennent entre autres tout le savoir à acquérir. La Sécurité avec un grand S est difficile à évaluer. Le projet émirati prévoyait, pour 2 centrales nucléaires avec l’acquisition du savoir, un montant de 40 milliards de dollars.

C’est très capitalistique, si bien que seuls les Etats peuvent investir. La garantie de l’Etat serait requise. Lorsque l’acquisition du savoir est aussi coûteuse, vous ne pouvez investir que 2 centrales pour l’amortir. C’est pour cela qu’il faut prévoir au moins 15% de la production globale électrique à partir de l’électronucléaire, soit 8 centrales. Ensuite, il faudrait évaluer tous les risques, comme le refroidissement qui vous amènera à localiser les centrales sur la côte. Une zone à risques en tous genres, sismique, etc. Je vous laisse le soin de tirer vos conclusions.

Interview réalisée par Safia Berkouk, El watan

Source: CDER