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Soutien des PME à l'export: mais que fait l'AFD?

Le 25 octobre 2015

« Dès ma prise de fonction, j’ai décidé de faire de la diplomatie économique une priorité du ministère des affaires étrangères », Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères.

Regard sur la politique de développement de la France. Sur le papier, le changement est là. Le 23 septembre dernier, l’Agence Française de Développement (AFD) animait un atelier sur la Méditerranée dans les locaux de Business France à Paris. Le message transmis aux entreprises est clair : fort de sa présence historique dans cette région, et de la concentration de ses actions sur la lutte contre le changement climatique, l’AFD a un rôle crucial à jouer pour encourager la participation des entreprises françaises au processus de développement des énergies renouvelables en région MENA. La réalité est tout autre.  

Le champion de l’aide déliée

Contrairement à ses voisins européens, « la France fait du zèle dans l’observation du principe de déliement, puisqu’au sein de l’OCDE, la France a un taux d’aide liée inférieur à la moyenne (10% contre 18%). Ses concurrents comme l’Allemane (20%) et l’Espagne (30%) sont bien au-dessus »[1]. Il n’est pas rare que les acteurs français ne soient que très peu voire pas informés des projets subventionnés par l’AFD sur lesquels ils pourraient se positionner. Pour une PME française, obtenir de l’information sur un projet soutenu par l’AFD relève de l’ordre du parcours du combattant.

Le cas d’étude des trois Instituts de formation professionnelle aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (IFMEREE) au Maroc en est un exemple. Alors que le Président de la République française inaugure la construction du deuxième IFMERE à Tanger en septembre dernier, la surprise de la filière française est générale : l’AFD soutient ce projet avec un prêt souverain de 10 millions d’euros, mais aucuns des acteurs nationaux (Ademe, INES, SER, Instituts de formations professionnelles dans les énergies renouvelables..) n’ont été informés de l’inauguration, de l’avancée de ces projets, ni même des appels sur lesquels se positionner. A l’inverse, côté allemand les directives sont claires : la GIZ a déjà mis en place un programme dédié au développement de partenariats entre les IFMEREE et un établissement allemand de formation professionnelle dans ce secteur[2].

Comparaison franco-allemande

La différence des stratégies mises en œuvre par l’AFD et la GIZ est flagrante. L’une, championne du soutien à l’export de ses PME dans le secteur des énergies renouvelables, l’autre, coupée du secteur privé, excepté peut-être des grands groupes nationaux. Le mandat de la GIZ est clair : l’agence œuvre au développement des pays partenaires, mais permet aussi l’ouverture de marchés attractifs à l’industrie allemande. Cette approche est non seulement complémentaire mais aussi valorisante : elle permet d’attirer des investissements privés en faveur du développement et favorise un essor économique dans les régions émergentes, en respect avec les objectifs de développement fixés par les gouvernements bailleurs.

L’heure est à l’approche « win-win »

La France a tout à gagner à s’inspirer de son voisin allemand, car c’est bien une approche gagnante-gagnante que les pays partenaires demandent. L’heure n’est plus à l’analyse classique de l’aide publique au développement où des pays bénéficiaires sont considérés comme « assistés » par les pays donateurs. Dans le secteur des renouvelables, l’approche « gagnant-gagnant », qui allie développement et activité économique locale, est une évidence. Par son taux d’ensoleillement et les compétences développées en son sein, la « Sunbelt méditerranéenne » représente un marché d’avenir pour la filière française, dont le marché national est aujourd’hui au point mort. Transfert de compétences, évaluation d’installations, test de démonstrateurs en conditions climatiques spécifiques, et développement d’une filière industrielle intégrée : les deux côtés de la rive ont tout intérêt à travailler ensemble pour favoriser le développement des énergies renouvelables en Afrique.

 

Par Charline DUFOURNET

Contact: charline.dufournet@ines-solaire.org 

 

[1]  Fromantin, Jean-Christophe, et Prat, Patrice. « Rapport d’information déposé par le Comité d’Evaluation et de Contrôle des Politiques Publiques sur l’évaluation du soutien public aux exportations », Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 4 Juillet 2013, p87.

    [2] DKTI Maroc, GIZ : http://dkti-maroc.org/?page_id=87